Épicurien des rencontres

Alpiniste, entrepreneur, acteur territorial et humaniste, Jean-Philippe Girard a déjà vécu plusieurs vies. Il en a une autre, plus intime, celle d’un authentique amateur de Porsche. Une passion qu’il cultive à sa façon, au gré des rencontres et en faisant confiance à son intuition, comme pour tout ce qu’il a entrepris dans la vie.

   

Porsche est sans aucun doute l’une des marques les plus collectionnées au monde. Certains traquent le modèle le plus rare, d’autres la version la plus puissante, quand ça n’est pas l’exemplaire au palmarès le plus prestigieux … Pas Jean-Philippe Girard. Chez lui, seul compte le coup de cœur. De cette approche est née une sélection aussi hétéroclite qu’authentique : une Dakar pour la quintessence de la 911, une 356 pour l’œuvre d’art, un tracteur pour les racines et un Cayenne pour le quotidien. Promenade en compagnie d’un Bourguignon d’adoption qui, en plus de sa passion pour Porsche, est ce que l’on pourrait appeler un épicurien des relations humaines bâties sur la confiance. 

Pour le plaisir :

Inutile d’être un pilote pour prendre du plaisir en 911.

Sillonner la région dijonnaise avec un tel guide, c’est faire une visite touristique sous l’angle de l’audace. S’il a bâti sa réussite dans le secteur des ingrédients céréaliers, Jean-Philippe consacre depuis de nombreuses années, et plus encore aujourd’hui, son énergie au rayonnement de son pays, de son territoire, et à l’émergence des talents et pépites qu’ils recèlent. C’est tout naturellement que, pour Christophorus, il a imaginé un itinéraire à travers quelques-unes des réalisations qui lui tiennent à cœur. À chaque halte, une rencontre sincère, un projet ambitieux et, très souvent, une réussite partagée. Avec, comme un lien invisible, ses quatre Porsche, qui chacune à leur tour, entrent en résonance avec une étape du voyage. 

Premier arrêt, incontournable pour tout amateur d’automobile de passage dans la région : le circuit de Dijon-Prenois. Un terrain de jeu idéal pour la 911 Dakar, taillée autant pour les pistes en terre que celles en bitume. Ce tracé mythique, sur lequel se sont écrites quelques-unes des grandes pages de la F1, retrouve depuis quelques années un nouvel élan sous l’impulsion d’une poignée d’acteurs économiques décidés à faire briller ce haut lieu du sport automobile. 

Jean-Philippe en fait partie mais pour lui, et comme souvent, c’est d’abord une histoire d’amitié. « Je suis né dans le Haut-Jura et ma première passion, c’est l’alpinisme. Puis j’ai découvert le golf. En 1994, j’étais venu jouer au Mans et je me suis retrouvé sur le parcours avec Jacques Laffite, que je ne connaissais pas. Sachant qu’une partie dure cinq heures, on a eu le temps de sympathiser. Il courait les 24 Heures du Mans sur une 911 Carrera RSR 3.8 et m’a dit : “ Viens sur l’épreuve ”. Ça a provoqué un déclic en moi, à la fois pour la compétition et pour tout ce qui concerne Porsche » raconte-t-il tout sourire. Aujourd’hui, l’homme d’affaires et l’ancien pilote de F1 sont partenaires sur le circuit.

« C’est Jacques Laffite qui m’a fait découvrir Porsche … au golf. »

Jean-Philippe Girard

Évocation :

La Dakar, pour ses prestations et ce que ce nom évoque.

À Dijon-Prenois, Jean-Philippe et sa 911 Dakar sont un peu chez eux. Pas forcément sur la piste. Avec la retenue qui le caractérise, il explique : « Je me suis essayé au pilotage, avec le meilleur des professeurs, Jacques. Mais il m’a rapidement, et habilement, fait comprendre que je n’avais pas de talent particulier en la matière ». Pas de talent au volant, mais une vision. Depuis 2020, huit millions d’euros ont été investis afin de mettre aux normes de sécurité ce tracé de légende mais aussi développer l’accueil et le réceptif. « Nous voulons que les passionnés se fassent plaisir lorsqu’ils pilotent, mais aussi entre les sessions, en créant les conditions de la convivialité. » Faire naître un lieu chaleureux et empreint de passion, à son image en quelque sorte.

Millésimée :

Une 356 de 1959, l’année de naissance de Jean-Philippe.

 Pourquoi le choix pointu de la 911 Dakar ? « C’est un ami qui m’en a parlé au moment de sa sortie. La première fois que je l’ai vue en Shade Green (Vert Ombre métallisé), je me suis dit : je la veux ! C’est une voiture extraordinaire qui réunit puissance, élégance et esprit d’évasion, surtout lorsqu’elle est équipée de la galerie de toit et des phares additionnels. Et le Dakar, ça m’évoque forcément mes amis Jacques Laffite et Pierre Landereau, qui l’a disputé 18 fois jusqu’à ses 60 ans. » Puis d’ajouter, sur le ton de la plaisanterie : « Elle était aussi présentée avec une montre exclusive. D’ailleurs, je me demande parfois si je ne l’ai pas achetée pour la montre ! ». 

Après l’ambiance du circuit, direction un cadre plus bucolique. Et qui dit changement de décor, dit changement de voiture. C’est au golf Norges Dijon Bourgogne que l’on retrouve la 356 et son élégance intemporelle. Son bleu Aquamarine contraste avec le jaune du bâtiment d’architecte du country-club sur lequel se détache le n°26 : celui de l’ancien pilote de F1, également partie prenante ici.

Un lieu, un modèle, un complice : Denis Liébé. Jean-Philippe se souvient avec une sincère émotion : « Quand j’ai fait la connaissance de Denis, il était professeur de tennis. Je lui ai proposé de s’occuper de cette branche du country-club. Il était tellement motivé, tellement dynamique que, aujourd’hui, nous travaillons ensemble, nous sommes associés et il dirige sa propre société qui exploite le golf, les tennis, les padels et la paillote. » Ici règne le même état d’esprit qu’au circuit : un savant cocktail de sportivité et de convivialité, dont Jean-Philippe semble avoir inventé la recette.

« Il faut tirer vers le haut tout ce que l’on fait, à l’image de Porsche. »

Jean-Philippe Girard

Essentiel :

Les joies d’une virée à travers le vignoble bourguignon.

L’idée d’acquérir une 356 est née lors d’un rassemblement, sur la piste de Dijon-Prenois, consacré à la première des Porsche. « Là encore, c’est un coup de cœur. Après l’événement, j’ai contacté Pierre Landereau, alors président du club Porsche 356, et je lui ai dit que j’étais intéressé mais que j’aimerais bien qu’elle soit de mon année de naissance, 1959. » Quelques mois plus tard, les deux hommes déjeunent chez Pierre. Après le repas, celui-ci emmène Jean-Philippe devant son garage, ouvre la porte et lui dit « Voilà une 356 de 1959, c’est la tienne ». Et le collectionneur de préciser, sur le ton taquin de la confidence feinte : « À ce moment-là, nous n’avions pas encore parlé de prix ! Je lui ai proposé de venir avec à Dijon, de déjeuner ensemble pour en discuter et que, si nous nous mettions d’accord, il remonterait en train. Ça m’a coûté un billet de TGV … » L’humour, toujours.

Sacrés numéros :

Sur le country-club du golf, le n°26 de Jacques Laffite.

Il est temps de quitter le cadre boisé du golf pour plonger dans l’un des trésors de la Bourgogne : son vignoble. Direction le mondialement célèbre Clos de Vougeot, où attend patiemment un magnifique tracteur Porsche de 1956. Il a été convoyé sur place par l’équipe Porsche Passion Automobile Dijon qui veille et entretient, avec attention et bienveillance, tous les modèles de Jean-Philippe. Un engin riche en symboles : « C’est un ancien membre du club de golf, que je n’avais pas vu depuis longtemps, qui m’a appelé un jour et m’a dit : “ J’ai un vieux tracteur Porsche dans un hangar, est-ce que tu veux l’acheter ? ” J’ai répondu oui tout de suite, sans même savoir à quoi il ressemblait. Mais cela me paraissait naturel : l’activité de mon entreprise était liée aux céréales et je suis passionné de vigne et de vin. Le point commun entre tout ça, c’est le travail de la terre. Il me manquait donc un tracteur ! »

Cette passion de la terre, le Jurassien la vit comme toutes les autres : d’un centre d’intérêt naît une amitié ; de l’amitié, une idée ; de l’idée, une ambition. Accompagné d’Éric Rousseau, du domaine Armand Rousseau à Gevrey-Chambertin, ils œuvrent à faire rayonner le terroir bourguignon à travers le monde. 

Pour cela, ils veillent notamment sur leurs vignes de Meursault et du Clos de Vougeot, sous la silhouette bienveillante du célèbre château. Avec une conviction profonde : « Dans le vin comme dans tous les autres domaines, il faut tirer vers le haut tout ce que l’on fait, à l’image de Porsche dans l’automobile. Je suis convaincu que la France ne gagnera pas dans le bas de gamme, elle doit élever ses entrepreneurs et ses talents. » Jean-Philippe, lui, met une fois encore sa pierre à l’édifice : il vient d’acquérir le Château Maucoil, à Châteauneuf du Pape, aidé de son ami et expert Pierre Vincent pour sublimer chaque parcelle.

Terre à terre :

Le tracteur Porsche, comme lien évident avec la vigne.

Dernière étape à la rôtisserie du Chambertin devant laquelle le Cayenne, fil rouge de cette journée, s’accorde une pause. Le SUV est le plus fidèle compagnon de Jean-Philippe lors de ses déplacements : « Je le renouvelle tous les quatre ou cinq ans. À chaque fois, je me dis que Porsche est arrivée au bout du développement. Et pourtant, le suivant est encore plus abouti. C’est impressionnant. » Moderniser sans dénaturer, c’est aussi ce qu’il a fait en reprenant la rôtisserie du Chambertin. Après une rénovation complète, menée dans les règles de l’art avec son ami Jean Marc Lamy et le chef Thomas Collomb, l’établissement est devenu une adresse d’exception, dirigée par Lucie Collomb, où le luxe ne prend jamais le pas sur l’authenticité. Et ce jusqu’à la table d’hôtes étoilée. L’émotion dans l’assiette, le verre, le lieu. 

Fidélité:

Jean-Philippe a eu tous les Cayenne … et bientôt l’électrique.

Passer une journée avec Jean-Philippe Girard, c’est croiser cent connaissances, traverser cent émotions, partager cent passions, vivre cent vies. Au fil des échanges, par le fruit du hasard ou chemin faisant, partout il met son sens du contact, sa simplicité et son enthousiasme au service de ce qu’il aime : bâtir des projets, faire revivre des lieux, associer des talents. Aujourd’hui, sa bienveillance entrepreneuriale sert le développement de l’activité locale, notamment à travers les Tremplins de l’Audace, un dispositif de soutien financier et de mentorat destiné à donner sa chance au plus grand nombre, booster l’envie d’entreprendre, passer du rêve à la réalité. Avec la promesse de s’enrichir encore de nouveaux défis, et d’aventures humaines et entrepreneuriales sans cesse renouvelées. 

Benoît Lande
Benoît Lande
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