Mouvement perpétuel

Alain Moitrier a le pouvoir de donner du mouvement à des sculptures de bronze. Sa dernière œuvre résonne comme un hommage à la 917 qui fête cette année ses 50 ans.

Sculpteur sur bronze

« Grâce à ses lignes pures, la 917 évoque le mouvement et la performance sans même avoir besoin de rouler. » Alain Moitrier

Célébrer la vitesse avec des sculptures de bronze, préférer Spirou à Tintin, Porsche à Ferrari… Alain Moitrier est un iconoclaste. Derrière un physique qui fait immanquablement penser à Einstein, se cache un homme dont la discrétion n’a d’égal que le talent. C’est dans un petit garage, installé dans la cour d’un pavillon autrefois bourgeois de la région parisienne, qu’il accueille Christophorus. Une remise de jardin quelconque pour ceux qui n’ont pas la chance d’y pénétrer, une cave aux trésors pour les autres. Tous les souvenirs de la vie d’un passionné d’automobile s’entassent ici dans un désordre qui donne à l’endroit une dimension presque religieuse.

C’est à l’étage qu’Alain Moitrier a installé son atelier. Il y règne un capharnaüm indescriptible mais l’endroit, chaleureux et intimiste, distille une atmosphère propre à la création. C’est ici que l’artiste travaille. Sur un coin de table, infime espace libre, trône sa dernière œuvre : une Porsche 917, comme arrêtée au stand, une pin-up en train de se désaltérer assise dans l’encadrement de la porte. Une œuvre à la dimension symbolique forte : « La Porsche 917 m’intéresse depuis toujours pour ses lignes d’une grande pureté. Elle évoque le mouvement sans même avoir besoin de rouler. Elle a aussi marqué l’imaginaire collectif comme étant l’incarnation de la performance pure. J’ai eu envie d’ajouter une pin-up pour apporter une dimension glamour à l’œuvre, qui correspond bien à l’esprit des 24 Heures du Mans », explique-t-il.

L’art de la patience :

L’art de la patience :

De la maquette en glaise à la patine en passant par la fonderie, une œuvre demande plus d’un an de travail.

Un retour aux sources pour l’artiste qui, dans son enfance, passait son temps à dessiner des voitures sur ses cahiers d’école. À cette époque, les études ne le captivent guère, pas plus que la perspective de reprendre l’affaire familiale de fabrique de conserves. Ce qu’il fera pourtant un moment mais sans jamais s’éloigner de sa passion. « J’ai la chance d’avoir besoin de très peu de sommeil. La nuit, je dessinais et le jour, je travaillais à l’usine. Parfois, je dessinais aussi à l’usine ! », se souvient l’artiste. Bien décidé à vivre de sa passion, il écrit à la presse auto qui publie ses dessins.

Au début des années 80, Alain Moitrier aspire à du changement. Il prend alors de la hauteur, suffisamment pour ajouter une nouvelle dimension à son art et passer à la sculpture. Sans jamais s’éloigner de ses muses originelles. Il réalise une Ferrari 250 GT SWB en glaise et soumet son « brouillon » à l’œil expert d’Adrien Maeght. Séduit par la qualité de la réalisation, le collectionneur présente Alain à la célèbre fonderie Susses. Le sculpteur Alain Moitrier était né. Rapidement, il impose sa patte : imprimer du mouvement, de la vitesse même, à des œuvres par définition statiques.

Artiste au sens noble du terme, Alain Moitrier a rarement dérogé à son principe de base : « C’est très rare que j’accepte de travailler sur commande, j’aime trop être libre de faire ce que je veux en fonction de mes idées. » Et il faut de la suite dans les idées pour attaquer une œuvre en bronze. « Entre le travail de recherche préalable et la touche finale apportée à l’œuvre, un an et demi peut s’écouler. Alors qu’il reste encore la patine à réaliser, la Porsche 917 à la pin-up a déjà demandé plus de 150 heures de travail », confie-t-il. Signe du destin, l’œuvre qui met à l’honneur la première Porsche victorieuse aux 24 Heures du Mans a reçu sa touche finale alors que la 917 célèbre ses 50 ans. Un cadeau d’anniversaire en guise d’hommage.

Mathieu Chevalier
Mathieu Chevalier
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